La robe de deuil

C’est une robe dont l’ourlet tombe au-dessus de mon genou, glissant sur ma peau dans une caresse discrète lorsque je marche dans les rues.

Deux liens s’embrassent en un long nœud dans le bas de mon dos, ils marquent ma taille, je serre bien fort, à m’étouffer, à suffoquer.

L’échancrure descend sur ma plate poitrine en une flèche énigmatique sous laquelle mon cœur encore palpite.

L’étrange motif singe des fleurs violettes follement plantées sur un fond clair comme le sable des plages d’hiver.

On pourrait croire une toile impressionniste, un peu de jaune, des touches de ciel, des taches un rien simplistes.

Les manches s’arrêtent sous le creux de l’aisselle, le tissu épouse amoureusement les lignes cachées de mon squelette.

C’est une robe des beaux jours, comme celui où tu es née, lorsque le soleil pour toi pour la première fois a brillé.

Une parure printanière, comme le jour où tu es morte, où pour la dernière fois je t’ai serrée contre moi.

Dans la ville chaude, je me promène enrobée de cette tenue légère, mes pas allument la joie dans les regards.

Enveloppée de frivolité je presse contre mes membres cette robe que je portais lorsque pour la dernière fois je t’ai portée.

Je m’habille de ton linceul en ce mois brillant et gai où pour toujours tu m’as quittée, me laissant en larmes dans mon costume d’été.

© Béryl Huba-Mylek

 

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