La fuite

Tenir la tête hors de l’eau. Au-dessus des échanges vides qui ne signifient plus rien. Oublier toutes les prétentions arrogantes d’écriture alambiquée, de tournures enjolivées. Les pensées parfaitement structurées doivent être noyées.

Un désir de silence, d’univers muet, absorbant toutes ses émotions contradictoires pour leur restituer une vérité.

Minimiser, au contraire exagérer, passer des euphémismes à la logorrhée. Incapable de s’exprimer, impossible de coucher sur le papier les passions pourtant violentes qui l’agitent, surtout taire sa soif d’écrire nécessairement avortée, son épuisement lorsqu’une feuille de papier s’offre à elle, cette impuissance née des mélancolies dévorantes grignotant le moindre de ses élans. Prise d’une acide nausée, elle sombre dans l’apathie. Enfant de la torpeur, dans la folle passion pour la fiction elle s’enfonce et se perd, son esprit se gèle, emprisonné par la peur.

Anna lunatique, Emma aveuglée, Phèdre suicidaire, elle n’aime qu’en pâle copie d’héroïne, grossièrement incarnée, ignorant la réalité humaine que par maladresse elle associe à la morosité. Une âme d’adolescente, rageuse, batailleuse, nécessairement dans l’erreur, formidablement prisonnière de l’absolu et de ses terribles dérives.

Princesse sans couronne, aussi pauvre de l’intérieur que riche dans ses songes, elle s’efface petit à petit, honteuse de l’apparence malheureuse que renvoie son miroir, de l’avenir tristement monotone qui se dessine sous ses pas.

Être de sincérité, impudique dans l’abandon aux idéaux, absurdement terrorisée par le mensonge mais fuyant sa propre matérialité, refusant à sa fougueuse essence les vérités d’un monde de chair, plus réel et vivant que les fantômes à peine ébauchés qui traînent à ses côtés.

La lumière des instants de grâce lui manque, souvenirs de rêves éveillés qui deviennent des fragments dont les contours s’estompent, disparaissent dans l’obscurité en ne laissant que l’intensité d’un sentiment trop exacerbé. Bientôt, il n’en reste qu’un écho mourant à l’intérieur d’elle-même…

© Texte de Béryl Huba-Mylek

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