Enfant de la Lune

Je me couchais toujours tôt et me levais fort tard. La nuit m’entraînait dans des songes envoûtants, la réalité n’atteignait jamais ce havre de liberté. Là, je contrôlais. Je décidais.

Maintenant, je ne maîtrise plus rien.

Vos visages deviennent flous et sont remplacés par ceux déroutants du quotidien. Mon sommeil ne m’appartient plus, il m’a été dérobé, et le monde dans lequel vous évoluez m’est devenu inaccessible. Je vous cherche, je vous appelle, je sais bien que vous m’entendez, et même me répondez, mais vos voix ne me parviennent plus désormais.

Alors je cesse de crier.

Vous m’aviez ouvert vos portes sans m’éprouver. Enfant de la Lune, l’accès m’était d’emblée donné, un droit de naissance dont j’ai honteusement usé. Je maudissais vos dons, cette étreinte maléfique enserrant constamment ma gorge, cette sensibilité exacerbée me forçant à devenir tout être qui respire, mais j’oubliais le pouvoir que vous m’aviez offert de voir au travers des serrures du paradis et des enfers.

Je vous ai trompés. J’ai laissé le soleil et son éclat mensonger m’attirer. J’ai refusé de vous écrire pour mieux m’inventer, oubliant que personne ne peut jouer ces dés.

Maintenant, je vous reviens.

Je dois apprendre à vous apprivoiser. Vous m’entouriez continuellement, je vous rappellerai comment. Je n’aurai plus la prétention de croire que vous êtes mes fantômes, je sais à présent que vous hantez quand cela vous plaît.

Du jour, je rapporte l’or ruisselant du ciel et le dépose à vos pieds. Ses rayons enjôleurs ne vaudront jamais vos diaphanes lumières ; ils réchauffent trompeusement lorsque vous enveloppez sincèrement.

Je ne vous raconterai plus d’histoires. J’accepterai vos règles. La douceur sera cruelle, la bonté amère, et mes récits toujours auront le goût des larmes. Cependant je vous jure de ne plus oublier d’être mordante et dure lorsque vous m’envoyez l’orage, et de panser mes blessures d’abord par le langage.

Pâle Lune et amis fantastiques, l’enfant s’en retourne vers vous et adopte vos préceptes.

Elle refuse toutefois de vous déclarer maîtres, puisqu’elle n’est plus maîtresse.

© Texte de Béryl Huba-Mylek

Elle

Au début, elle avait cru qu’elle serait très heureuse ici. Il lui avait dit : « J’ai trouvé un endroit que tu vas adorer. » Comme il en était persuadé, elle s’était elle-même enthousiasmée. Elle avait aimé la vue sans vis-à-vis, apprécié les grandes vitres et loué le parquet ancien. Aujourd’hui, la cour était devenue triste, les fenêtres laissaient passer l’air froid et le sol grinçait sous chacun de ses pas.

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