Ma mère

Mia Madre

Avant sa sortie officielle, Mia Madre de Nanni Moretti avait déjà fait couler beaucoup d’encre, de nombreux critiques de cinéma l’ayant déclaré en mai 2015 « notre palme d’or » lors du festival de Cannes. Tous les amoureux du cinéaste attendaient avec impatience ce film présenté comme une pépite émotionnelle, un grand mélodrame, un nouveau chef-d’œuvre du grand réalisateur italien. Lorsqu’un film est ainsi raconté avant même d’être découvert, il prend le risque de décevoir le public, qui n’y trouve pas nécessairement les développements lus dans les différents articles de presse. Plusieurs spectateurs sont ressortis de la séance en ayant l’impression d’être passé à côté d’une oeuvre qui ne les a pas bouleversés. Ce n’est pas mon cas.

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Voyage au bout de la nuit

Opening Night 2

« Je veux la jeunesse, la force énorme des rêves, le bonheur… » Myrtle Gordon est restée dans l’histoire du cinéma comme une de ses plus grandes héroïnes. Incarnée avec une force rare par Gena Rowlands, elle paraît au sommet de sa gloire. Pourtant, le temps passe et la rattrape. Sur scène, elle va jouer une femme plus vieille qu’elle. Malgré ses quarante ans bien sonnés, elle se sent étrangère à ce personnage qui a oublié de vivre et laissé ses rêves s’envoler. Car Myrtle est toujours belle. Car Myrtle est encore une grande actrice. Mais demain ? La pièce dans laquelle est joue s’intitule La deuxième femme. Une autre, donc. Une seconde. Ce n’est plus la première. Myrtle ne peut accepter cela. Elle le dit, elle ne la comprend pas. Qui est cette femme ? Ce n’est pas elle.

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L’insoutenable pesanteur de l’être

Il vaut mieux avoir vu le film pour lire cet article.

© Nord-Ouest Films - Arte France Cinéma 5© Nord-Ouest Films – Arte France

Stéphane Brizé signe, avec La Loi du marché, un film important. Important, car il raconte l’histoire de ceux qu’on écarte trop souvent des écrans de cinéma. Important, car au premier semestre 2015, 10% de la population française est au chômage. Important, car le combat des réalistes ou des naturalistes n’a pas pris fin. Il faut dénoncer les injustices, il faut faire des pauvres gens des héros de roman (ou, ici, de cinéma), il ne faut pas avoir peur de s’engager pour eux et de leur redonner leur dignité.

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Portrait d’une vie

Il vaut mieux avoir vu le film pour lire cet article.5 éléphants 1

Svetlana Geier a traduit les « cinq éléphants » de Dostoïevski en langue allemande, cinq « romans-monuments », d’imposants pavés littéraires considérés, à raison, comme des chefs-d’oeuvre. Le regard très bleu et voilé, des rides parcourant respectueusement son visage mélancolique, la femme se déplace le dos voûté. Elle magnétise la caméra, en bon sujet de cinéma. Vadim Jencheyko lui consacre un très beau documentaire qui cherche à répondre à la question que se posent les héros du grand romancier russe : « Qui suis-je? » Une question, finalement, qui taraude l’être humain.

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L’éclatante victoire de l’Art

Il vaut mieux avoir vu le film pour lire cet article.
timbuktu

Les djihadistes évoluent, dans l’ombre, depuis une bonne quinzaine d’années. Pourtant, jamais l’actualité n’avait ainsi été prise en otage par leurs horreurs. De la création de l’Etat islamique aux victoires sanglantes de Boko Haram, sans oublier les attentats répétés qui font trembler la planète, la monstruosité de leurs actes hante les médias, la violence de leurs abominations ternit l’idée qu’on se fait de l’humanité, et leurs visages deviennent l’incarnation du Mal. Les articles sociologiques ou politiques à leur sujet s’accumulent, détaillant leurs pratiques barbares, leur irrespect de la vie, leur apparente jouissance puisée dans la souffrance de l’autre, dans la torture, le viol et le meurtre de leurs semblables. Nul doute que cette publicité les ravit, eux qui filment l’insoutenable, cherchent à tout prix à s’illustrer en « Une » des journaux, à devenir notre pire cauchemar, le monstre tapit dans l’obscurité, prêt à nous dévorer. Un monstre tout puissant, invincible, car le propre du monstre c’est de ne pas être un homme.

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Turner, traqueur de lumière

Il vaut mieux avoir vu le film pour lire cet article.© Simon Mein Thin Man Films

Qu’est-ce que l’artiste ? Cette question a été posée bien souvent, et chacun sans doute a sa propre opinion quant à la réponse. Mais force est de constater qu’au cinéma, l’artiste a souvent pris les traits d’un être beau et mystérieux, mélancolique et romantique, torturé par l’amour et l’éternité. La figure du poète maudit est si populaire, qu’aujourd’hui encore nombreux sont ceux qui s’imaginent qu’aucun grand artiste n’a jamais vécu de ses créations, et qu’ils sont tous morts de faim et de froid avant d’être reconnus à leur juste valeur. S’il est indéniable que certains génies ont lutté toute leur vie – à l’image de Van Gogh, peintre bafoué s’il en est – il faut tout de même remettre les pendules à l’heure. Au cinéma, Mike Leigh nous a livré un très joli portrait de Turner, loin des passions tourmentées et des violons pleureurs. Une peinture sobre, visuellement superbe, profondément humaine, celle d’un homme qui affirme lui-même être une gargouille, et a cherché, sa vie durant, à toucher à la beauté des paysages infinis.

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