Le syndrome de Stendhal

Au détour d’une rue s’élève une merveille, haute splendeur florentine se parant de jaune et de vert.

Les dômes et les tours se changent en croix s’étirant vers le ciel dans un vain effort pour rejoindre les étoiles.

L’or coule en rayons solaires tapant sur les mille vitraux aux couleurs éclatantes et mouvantes d’une mer arc-en-ciel.

Des madones serrent leur nourrisson d’un tendre geste protecteur alors que les séraphins veillent en déployant leurs neigeuses ailes.

Les couvents abritent des galeries tapissées d’illustres images, des rangées de livres et de secrets lieux pour s’asseoir que les roseraies embaument d’une capiteuse haleine.

À une fenêtre, l’apparition soudaine d’une église surnaturelle électrise la peau alors que résonnent les notes sucrées des cloches unies dans un chœur languissant.

Répétées dans un fou battement de cœur, les Annonciations et les Nativités défilent en berceuses familières, les Crucifixions épuisent les âmes émotives.

Marie n’a qu’un visage, celui de la beauté sans cesse réinventée, elle symbolise l’amour et la sensualité sous les multiples voiles peints rehaussant son teint.

Gabriel crée le vertige, l’écho de ses traits androgynes accompagne chaque toile et son regard d’une flèche acérée transperce.

Riches trésors, les œuvres aveuglent, je suffoque en admirant cette procession infernale de grandeurs originales.

Ève invite Adam d’une main tentatrice, les thèmes religieux transpirent des délices interdits, et le regard langoureux du jeune homme trahit son désir.

Les bouilles rondes des enfants naissent des étreintes passionnées de ces sublimes êtres idéalisés.

Les nus romains achèvent d’ensorceler, trônant majestueusement sur la Cité et écrasant de leurs corps sculptés les pâles copies humaines déambulant sous leurs pieds.

Ils aspirent notre souffle vital, capturent le vermeil de nos joues, boivent le sang jeune de nos veines palpitantes.

Ils nous rejettent titubants et craintifs, l’esprit persuadé d’avoir résolu la divine énigme d’un impossible créateur céleste.

Sur les terrasses, mes pupilles cherchent David et Vénus, amoureusement liés sous les voûtes charmeuses, un parfum vénéneux mais savoureux enflamme ma narine.

Doux supplice, enveloppe-moi de ta glorieuse chaleur dont aucun apothicaire ne connaît le remède.

© Béryl Huba-Mylek

Une réflexion sur “Le syndrome de Stendhal

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