Cachet sourire pour chaste victime

Volutes de fumée prisonnières d’une pièce surchauffée où s’allongent des corps déréglés. Ainsi commence ma vision. Animaux étrangement colorés et figures géométriques prenant des allures psychédéliques ne répondent pas présents à mon invitation, me voilà fort déconfite. Admettons-le, la pilule souriante m’attirait en particulier pour son entrée (croyais-je assurée) dans la séquence enivrée d’un Dali lâché chez Disney. Me voilà bien trompée, sans référence nasale malvenue à l’héroïque petit pachyderme, bien entendu. Allons, versons encore un peu de ce liquide inflammable dans un verre honteusement douteux.

Oh, qu’ils s’injectent tout ce qu’ils veulent, menteurs de pacotille, pauvres vendeurs de bonheur artificiel, votre pastille enjouée déshonore les écrits fiévreux d’artistes mal-aimés ; le nez plongé dans la poudre blanche, ils laissent courir leur plume, d’où jaillit habituellement lapin à montre gourmette et vers sur une reine Colère. Traîtrise que tout cela, on berne trop facilement les innocents, me voilà pauvre vertueuse enfant, s’essayant pour une fois à duper ses parents.

Oh, c’est à gousset que je voulais penser, et la perfide Albion me joue des tours, il s’agit de la reine Carte !

Mais qu’importe ! Quelle déception j’emporte avec moi dans ce tunnel creusé habilement par mes pieds dans les oreillers éparpillés sur le sol, à des années lumières de toute camisole.

Ah, Mab, c’est évident maintenant !

Le squelettique organisateur de soirée, autrefois à mes côtés, chair dévorée par poussières acides et jus chimiques, tente à présent un tour de piste dénué de rythme ; disparition assurée, les pattes se prennent les pieds. Personne à mes côtés pour me servir un spiritueux cocktail, quelle pitoyable réception, et ces fourmis me dévorant les orteils, un régal vraiment, une soirée mémorable, quel traquenard !

Pensée fulgurante, le dramaturge, il me semble, demeurait sobre ; des réminiscences d’études de monologue m’assurent pourtant que la tête couronnée a quelque chose d’alambiqué.

Allons bon, voilà qu’on me traîne, mais pas question, je reste assise, Plume approuverait, dévorez les murs, bêtes à six pattes, moi, aspirée dans une galerie, mais bien sûr ! Je tiens à protester, cette fourberie ne sera point acceptée, on croit pouvoir me flouer, j’exige une apologie d’excuses, marchandise erronée mérite bien un prodigieux dédommagement ! Flamand, des flamands, des fla des fla des flamands ! Pour jouer au criquet, naturellement.

La félonie n’en finit plus, illustres Haschichins, ma carte de membre attendra ma transformation en mangeuse d’opium, encore faudrait-il m’assurer que les corbeaux visitent réellement les dragons d’Asie. En complète léthargie, figure amorphe emportée par quelque étrange courant au sol, j’appréhende le rapprochement des murs ; mes hôtes n’hésitent devant aucune escroquerie pour faire déguerpir les ingénus lâchement abusés, mais je ne me leurre pas, qu’on ramène le pendule pardieu, je choisirais le tunnel salvateur vers les merveilles plutôt que le puits !

Dérèglement des sens, oh comme l’enfant prodige me paraît à présent mystificateur. Pourtant, musique pianotant à mes oreilles et êtres fantasmagoriques à mes côtés paraissent comblés. Moriarty de pacotille, offrant de nouveaux cachets, et personnages fictionnels susurrant d’étranges charades à mes oreilles, s’invitent sur le canapé. Haut les cœurs les amis ! Me voilà tel un bateau pris dans la tempête, et les meubles tourbillonnent avec moi. Les insectes me rongent et la nausée me prend, je tente un redressement mais le gouffre m’aspire ; frottons la peau bien fort, ça chatouille, ça gratte, ça dévore, des rougeurs indélébiles recouvrent mes bras, et la chute m’emporte toujours plus bas. Logique.

Un capharnaüm bourdonne à mes tympans, une porte au loin s’est ouverte, le pendule s’approche dangereusement, tic-tac incessant, et ces pattes qui courent sur ma peau ; mes poings luttent dans l’air, essaie-t-on encore de m’avoir, lumière violente sur mon visage, toute mélodie se tait maintenant. Mais le lapin court toujours, mange-moi, bois-moi, image fulgurante, les murs touchent mes épaules, ma respiration se saccade, on cherche à m’évincer, serpent autour de mon poignet, un chant résonne dans ma tête, j’entends cette voix qui m’interpelle ; un hurlement déchire ma chair, silence et vacarme, pensées obscures, délires pluriels, d’un saut je me suis enfuie, maintenant en équilibre, d’un côté la foule, et des uniformes terrifiés, quelques murmures d’un prénom étranger ; de l’autre côté des mains tendues, auteurs farfelus et vers embrouillés, les rois de l’art sacrifié m’attendent, trépignant, impatients. Le jour et la nuit, il n’y a qu’un pas, et désolée de cette navrante expérience, oh animal aux oreilles volantes je te rejoins, toi qui fuis le feu vers un trampoline, j’exécute ta chute à la perfection.

Ah ! Les clowns en bas ne m’attendent pas…

© Texte de Béryl Huba-Mylek

Une réflexion sur “Cachet sourire pour chaste victime

  1. Si cela prend l’allure d’une fable, le tour nous emporte pour nous emmener toujours plus profondémment dans la tourmente et l’angoisse d’un Tim Rice. Ton texte nous aspire telle cette fumée qui nous détruit et nous fait voyager vers d’autres mondes. I LOVE IT

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