Après

Lorsque la porte se referme, alors que le frottement des chaussons sur le sol s’efface dans le couloir, elle tremble encore. Elle reste roulée sur le parquet froid longtemps après son départ, sa tête protégée entre ses deux bras recroquevillés. Ses yeux demeurent grands ouverts. Elle écoute sa respiration dont le rythme ralentit. La douleur s’apaise doucement. Elle se concentre sur la chaleur de son souffle.

Elle tourne ensuite sa main et pose une paume sur le sol. Elle caresse très doucement les lattes sombres. D’abord petit, le geste se fait plus ample. Bientôt, elle répète le même arc de cercle le long de son corps, et dans un soupir elle ose se tourner sur le dos. La lumière glisse sur son visage. Ses bras, en croix, retrouvent leur immobilité. Elle soulève ses genoux sur son buste, les balance d’un côté, puis de l’autre, lentement. Son visage se crispe, douloureux. Elle retend ses jambes.

Elle fixe le plafond blanc. Elle s’imagine que quelqu’un la regarde, là-haut. Elle se demande ce qu’il pense, ce qu’il se dit d’elle, ainsi couchée sur le sol. Elle s’imagine que c’est elle, en haut. Elle se regarde. Cela la fait sourire. Puis, elle pense à comment elle se serait vue, d’en haut, de quoi elle aurait eu l’air quelques instants plus tôt. Alors elle ne sourit plus.

Ses cheveux emmêlés, en désordre autour de sa tête, dessinent une couronne cabossée sur son crâne. Ses membres endoloris ne tremblent plus. Ses doigts commencent à s’ennuyer, ils tapotent le plancher. Elle entame faiblement une comptine qu’elle a apprise la veille. Elle la connaît déjà par cœur.

Elle tourne la tête et découvre son ours en peluche caché sous son lit. Elle l’a lâché en chutant. Elle se persuade qu’elle l’a poussé là. Elle aime l’idée de l’avoir protégé. Elle roule sur le sol et s’approche de lui, le saisit dans son petit poing et le ramène vers elle. Elle le gronde un peu d’avoir eu si peur. Il le sait bien pourtant, elle lui répète souvent, elle ne la laissera jamais lui faire du mal. Jamais. « Tu m’entends ? »

 Elle serre son ourson dans ses bras.

Elle n’entend plus le bruit des pas.

© Texte de Béryl Huba-Mylek

2 réflexions sur “Après

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