Un golem sans relief

Ouvrage lu dans le cadre du « Bal à la page », organisé par « Les Livreurs » le dimanche 14 février 2016.

Lire pour la première fois un auteur dont on a entendu dire beaucoup de bien est toujours accompagné d’une certaine appréhension. Et s’il n’était pas un si bon écrivain ? Malheureusement, le dernier roman de Pierre Assouline déçoit beaucoup son premier lecteur. Erreur de parcours ? Peut-être. Mais son Golem s’avère prévisible et conventionnel.

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Le roman  propose une variation sur le mythe du golem. Ici, il s’agit d’un golem des temps modernes. Gustave Meyer, champion d’échecs, épileptique et souffrant d’hypermnésie, a été manipulé scientifiquement pour que son cerveau soit « augmenté ». La question éthique n’est toutefois pas traitée avec beaucoup d’originalité ici. Accusé de façon subite, et plutôt étonnante, du meurtre de son ex-femme Marie Meyer, Gustave échappe aux forces de l’ordre. Sa cavale se transforme en quête spirituelle, et le mène sur les traces de la religion juive dont le Golem est un des plus célèbres mythes. Les liens entre enquête policière et parcours ésotérique ne sont pas toujours très convaincants. Surtout, Pierre Assouline accumule les citations à de grandes références littéraires, ce qui a pour défaut de rappeler au lecteur qu’il n’est pas l’un des grands qu’il cite.

Les personnages rappellent souvent des héros de série américaine stéréotypés, à l’image de l’enquêtrice Nina, forcément « cool » mais en même temps un peu « autiste » sur les bords. On trouve également Robert Klapman, un ami scientifique qui se révèle vrai méchant de l’histoire. Le problème du roman est qu’il ne surprend jamais. Tout a été lu ou vu quelque part, et le melting pot qu’en propose Pierre Assouline ne convainc pas vraiment. Il ouvre plusieurs pistes, n’en ferme aucune, mais plus maladroitement qu’avec mystère. Que cherche vraiment à faire l’auteur ? Son roman semble surtout vouloir divertir, mais du coup les passages plus réflexifs sonnent faux. L’écriture elle-même est nourrie des travers du roman contemporain, avec des phrases souvent efficaces, suivies de phrases nominales redondantes qui insistent sur ce qui avait déjà été compris.

Le roman manque d’un « je-ne-sais-quoi » qui transporterait le lecteur. L’intérêt ne s’éveille pas, et on s’ennuie souvent. La fin du roman ne paraît pas très cohérente. On se demande si Pierre Assouline savait vraiment où il voulait nous amener en commençant à écrire. Ce golem manque de relief, et le lecteur cherche, sans la trouver, l’étincelle romanesque.

© Béryl Huba-Mylek

Une réflexion sur “Un golem sans relief

  1. Bien dommage, le mythe de départ pouvait inspirer un récit très riche.
    « L’intérêt ne s’éveille pas » « le lecteur cherche, sans la trouver, l’étincelle » tout à fait moi au cinéma, devant Le trésor !

    Les trois questions qui doivent servir de base au jugement d’un critique selon Robert Adams:
    « Qu’est-ce que l’artiste essaie de faire ? Le fait-il ? Cela en valait-il la peine ? ».
    Mais je crois qu’elles sont déjà mises en pratique ici !

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